Le trading à haute fréquence : Quand les robots prennent le pouvoir.

un beau paysage présentant des montagnes et des gouffres financiers. flash crash dans l’Euro Stoxx Bank

Il nous semble important de lever le voile sur cette évolution des pratiques financières qu’est le trading à haute fréquence. Cette innovation  n’est pas qu’une petite histoire technologique de banquier mais qui implique l’ensemble des citoyens. Nous allons donc tenter de savoir ce qu’est cette finance technologique qui semble venir tout droit d’un film de science fiction. Défini par le chercheur Marc lenglet [1] comme désignant «  un nouveau mode de négociation sur les marchés financiers dont la caractéristique principale est de permettre une très grande rapidité́ des transactions grâce à un recours à des technologies informatiques puissantes ».  [2]

Ce type de pratique est bel et bien inhumain dans le sens où son univers n’est pas le notre. Les traders haute fréquence raisonnent au millionième de seconde, à la vitesse de la lumière. Il s’agit d’ordres de Bourse passés automatiquement par des ordinateurs pour profiter à chaque fraction de seconde d’un écart de taux favorable. Les ordinateurs mettent en œuvres des algorithmes et produisent une multitudes de micro marges qui en raison des sommes mises en jeux finissent par être très lucratives. Le trading à haute fréquence n’est toujours pas réglementé or il représente d’après Jean Michel Naulot , Ancien membre de l’autorité des marchés financiers, [3]la moitié des transactions sur le marché des actions et constitue un risque de déstabilisation du système majeur.   La part des échanges produit par des algoritmes (70% marchés nord américains et européen 50%) mais on a pas de source officielle. D’après Marc Lenglet on peut dire que l’essentiel des marchés actions sont pris en charges par des algorithmes. Ces algorithmes, produits par des mathématiciens, des physiciens, produisent un volume de donnée qui est difficile d’interpréter par des êtres humains. On voit bien là la monstruosité de la bête. Aujourd’hui les trois quart des ordres, des constructions de valeurs sont réalisés par des robots qui battissent un monde que l’être humain est incapable de comprendre. On ne peut l’analyser ces transactions qu’a posteriori. Ce type d’opérations impliquant des investissements de départ très importants sont réservés à deux types de sociétés : des grandes banques d’ investissement (Goldman Sachs, Citigroup, UBS, etc.) et des fonds spécialisés sur ce marché de niche .

Ces sociétés génèrent des montants de plusieurs centaines de millions de dollars. Des sociétés faisant depuis longtemps la promotion du trading haute fréquence, telle Renaissance Technologies Corp., ont pu ainsi, dans le contexte de crise de l’année 2008, générer jusqu’à 2,5 milliards de dollars de profits. [4] Cette curieuse organisation ce base sur l’idée qu’il faut organiser une compétition entre les marchés et que cette multiplicité de prix produira une juste valeur en augmentant le degré d’efficience des marchés. Depuis la libéralisation des marchés opérée durant les années 2000, on assiste à une multiplication des systèmes multilatéraux de négociations. Face à cette multiplicité de jugement, la nature humaine n’est plus capable de comprendre quelque chose et seul de puissants algorithmes sont en mesure de connaître les différents prix . L’algorithme en plus de former et fixer les cours des actions peut maintenant les négocier à la vitesse de la lumière. Mais tout porte à croire que les traders en utilisant des technologie inhumaine construisent des systèmes incompréhensibles au détriment des autres participants (au premier rang desquels les investisseurs institutionnels et les particuliers).

Une supériorité informationnelle des traders haute fréquence.

Marc Lenglet explique qu’il se crée une pratique de rente produisant un énorme différence de statut entre ceux qui ont les moyens technologiques et les autres : «  L’ asymétrie d’ information entre participants se trouve de fait aggravée, voire transformée en rente informationnelle, une rente par ailleurs favorisée par les offres de colocation aujourd’hui proposées par certains marchés (la colocation consistant à rapprocher les serveurs du participant de ceux du marché, afin de réduire les temps de latence entre les deux systèmes, et d’augmenter la rapidité d’envoi des instructions au marché) » Ainsi , même dans le monde des traders, les inégalités augmentent !

Deplus, des chercheurs américains ont révélé que le système de collecte de la Securities and Exchange Commission ou « SEC »   vend ses données en avant-première à une vingtaine de sociétés d’informations qui les répercutent ensuite à leurs clients traders et investisseurs.[5]les principaux utilisateurs sont les THF (trader haute fréquence). La vente est légale mais suscite une grande controverse. Pour cause, dans un cas sur deux, les THF bénéficient de ces informations sensibles avant qu’elles ne soient rendus publiques sur le site de la SEC, avec un délai de l’ordre de 10 secondes. Autant dire une éternité pour les traders haute fréquence, qui raisonnent au millionième de secondes. Cela leur permet d’analyser très vite les données de la SEC et d’agir en conséquence (acheter ou vendre une action). Entre la vitesse de la lumière des THF et les éventuels régulateurs censés surveiller et contrôler il y a un abîme technologique.

Vers un monde sans homme impossible à réguler:

On assiste à l’éviction rampante du trader humain et cela risque selon Marc Lenglet de « conduire à une baisse de la liquidité du marché et, partant, des gains pour la collectivité (…). Les échelles du temps et de l’espace accèdent ici à une nouvelle expression, qui reste inaccessible à l’être humain : cet état de fait ouvre la question de la régulation des systèmes accueillant ce nouveau mode de négociation. ». Plus personne ne sera en mesure de contrôler un système qui se joue dans des mondes aussi mystérieux. Il y a un risque de crack systémique car les banques mises d’énormes sommes. Seul les grosses sociétés sont à mêmes de jouer le jeux et elles ont la La faculté de manipuler les cours .

Un monde déconnecté de toute réalité : la finance pour la finance.

Aujourd’hui, Les robots construisent des ordres d’achats ( cotations) complètement dématérialisé et donc déconnecté de toute réalité. Le système de marchés s’est constitué en lui même et pour lui même. Une sorte d’art pour l’art mais qui contrairement à l’art à des implications sur le monde réel. Ainsi les algorithmes ne finalisent pas dans une transaction les cotations. Pour bien comprendre le stratagème mis en œuvre Il faut distinguer une cotation et une transaction. Dans le marché du New York stock exange par exemple, 22 millions de cotations par jour sont produites par les algorithmes maos pour obtenir une transaction il faut 1200 cotations, les ordres sont donc passés mais pas exécutés. Il se crée un processus de constitution du prix et une fabrication des marchés. Il y a derrière tout ça une intention sous jacente de construire des prix de façon artificiel. 5 à 6% des cotations donne lieu à des transactions, ce bruit déstabilise les algorithmes, ils doivent analyser des cotations qui ne serviront à rien, il y a alors des stratégies tactiques pour perturber les autres robots.

Est ce que tout cela sert l’économie réelle ou au moins est ce que cela produit de la liquidité ? Il semble que cela produit surtout une perte de signification dans les structures même de la finance. Il n’y a plus qu’un bruit produit au sein de faux échanges destinés à manipuler les cours. Un jeu qui se situe au niveau microscopique et inhumain du caclul technologique. Cela produit surtout des cracks boursiers qui ont une résonnance sur le monde réel . C’est donc un sujet politique. Jusque où  laisserons nous le monde financier se couper du monde réel tout en le dominant et le manipulant.

[1] Marc lenglet « Le trading haute fréquence : une innovation dangereuse ? », in Comprendre les marchés financiers, Cahiers français n°361 P. Marc Lenglet dirige le département Management, stratégie, systèmes de l’European Buisiness School de Paris, où il enseigne également. Il est l’auteur de plusieurs travaux sur le trading à haute fréquence, notamment dans Comprendre les marchés financiers paru à La Documentation française.

[2] définition de la commission européenne « des technologies sophistiquées pour essayer d’ interpréter les signaux envoyés par le marché et, en réponse, exécuter des stratégies impliquant des transactions automatisées sur des volumes importants […] dans des horizons temporels extrêmement réduits » CE (2010), Review of the Markets in Financial Instruments Directive (MiFID), 8 décembre, p. 14, n. 37, traduction de marc lenglet art. cit.

[3] Interview Jean Michel Naulot, France Info.

http://www.franceinfo.fr/emission/l-interview-eco/2014-2015/jean-michel-naulot-une-nouvelle-crise-financiere-nous-pend-au-nez-11-11-2014-18-45

[4] Cf. Aldridge I. (2010), High-Frequency Trading. A Practical Guide to Algorithmic Strategies and Trading Systems, Hoboken, New Jersey, John Wiley & Sons, Inc., p. 1.

[5] Jonathan L. Rogers , Run EDGAR Run: SEC Dissemination in a High-Frequency World

http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2513350

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